Du déplacement

Ils sont trois au plateau. Ils passent de la fiction intemporelle au quotidien du ici et maintenant, de la confidence au tumulte onirique. Ils arpentent leurs strates. Ils expérimentent le sommeil du chat, le dilemme de l’âne de Buridan, ils tentent de penser en dehors de leur cerveau, de ressentir en dehors de leurs sens. Ils vomissent leur amour du confort des esprits et des corps. Se déplacer, au sens propre comme au sens figuré. Chaque chose déploie un effort pour persévérer dans son être. Ils sont ces choses qu’ils tentent de regarder de loin. Le dispositif est quadrifrontal, et permet de découper le public en quatre pans, indépendants, d’un point de vue sonore comme lumineux. Le sens du plateau est mouvant, le rôle de chacun aussi. Les spectateurs peuvent se retrouver dans le champ de l’action, éclairés, en silence, sous le regard des autres. Il s’agit de décaler légèrement le regard du spectateur pour l’amener à changer de point de vue. Se déplacer pour voir autrement.

Confronter

Si les mots peuvent être l’outil pour nommer, le son celui de la couleur et du liant, le mouvement de l’incarnation et de la spatialisation, et la lumière celui de la profondeur, de l’ombre,de la connexion, l’enjeu est de travailler à mélanger ces outils. Comment faire chair avec le son, argumenter par le corps, travailler l’espace par les mots et lier par la lumière ? Ces outils formels, toujours au service du propos, sont largement au centre de ce travail de recherche.

Le confort des esprits et des corps

Aller contre les déterminismes, préjugés, habitudes. Travailler à d’abord se déplacer nous-mêmes, metteur en scène, auteurs, interprètes, techniciens. Peut-être alors pourrons-nous déplacer l’oeuvre, l’émanciper, et transmettre ce mouvement. En tirant le fil rouge de la découverte des strates qui nous constituent, dans un dispositif formel dont les notions l’avant-scène, lointain, cour et jardin sont mouvantes, l’appropriation est le mot d’ordre. Eprouver nos cadres de pensées, de vie, de morale, de décision. Tenter d’identifier leurs frontières (côtés, limites, surfaces), pour ouvrir la possibilité d’un dépassement. Travailler le regard à distance, le regard critique. Faire naître la curiosité, qui amène à l’observation pour en arriver à l’imaginaire.
L’expérience physique et passionnelle comme créatrice d’alternatives intellectuelles et politique.

S’émanciper d’abord

La compagnie Hiatus développe un processus de création particulier, qui évolue pour chaque nouvelle pièce. Ici, c’est à partir de ses recherches théoriques que Simon Le Doaré établit des systèmes, des contraintes, qui seront autant de consignes données aux interprètes pour dégager que la manière artistique concrète, mouvements, sons, mots. Chaque acteur est aussi auteur du travail. A partir de ces improvisations dirigées qui permettent lors d’une première phase de définir des pistes d‘écritures, vient de temps de la composition. La matière est progressivement fixée, précisée, taillée, et détaillée pour arriver à former un propos artistique qui puisse rendre au spectateur le sens sous une forme sensible pertinente.

L’effort de chaque chose pour persévérer dans son être

Depuis 2008, la compagnie Hiatus mène un travail de recherche artistique sur les outils de développement d’une critique politique populaire. Après avoir travaillé sur la crise des subprimes et ses conséquences sociales (Chroniques de crise / Stock Options), sur le fonctionnement du système capitaliste (Spread), puis sur les enjeux des institutions qui permettent la prise de décision politique (Démocratie, etc), il s’agit de creuser encore. Le cheminement ainsi amorcé nous amène aujourd’hui à penser une pièce qui vienne interroger les moyens de faire naitre des désirs d’alternatives politiques au sein de l’imaginaire populaire.
Comment, par opposition au confort des esprits et des corps dans lequel nous plonge le capitalisme, pouvons-nous cultiver le désir de l’émancipation, de l’autonomie (auto nomos : s’ériger ses propres lois) ?
Selon Spinoza, toutes nos actions, nos prises de décisions, sont mues par des affects dont nous ne pouvons contrôler les causes, et encore moins les raisons de la survenue de ces causes. S’il réfute l’idée d’un libre arbitre cartésien nous permettant de faire des choix rationnels, Spinoza nous in- vite à travailler sur notre environnement extérieur, générateur d’affects, pour orienter nos désirs, éventuellement sur d’autres objets, et changer ainsi le cours de nos actions.


MISE EN SCENE
Simon Le Doaré

AVEC
Marie-Laure Caradec (danseuse)
Alexandre Rabinel (comédien)
Vincent Raude (musicien)

Guillaume Tahon – son
Stéphane Leucart – Lumières
Laurent Rousseau – Photographie

PRODUCTION

Compagnie Hiatus

PARTENAIRES

La Maison du Théâtre à Brest 23 mars / 1er avril 2016

Le Centre National Chorégraphique du Havre – Le Phare 20 /23 juin 2016

La Paillette à Rennes – 5 / 9 décembre 2016

La Chapelle Dérézo à Brest 10 / 16 décembre 2016

Ministère de la Culture et de la Communication – DRAC Bretagne
Equipe :
Vincent Raude (Musicien)
Marie Laure Caradec (Danseuse)
Alexandre Rabinel (Comédien)
Laurent Rousseau (Photographie)
Stéphane Leucart (Lumières)
Guillaume Tahon (Ingénieur du son)

Simon Le Doaré (Mise en scène)